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TÉMOIGNAGE

LE TAEKWON-DO EN CADEAU DE NOËL

Entrevue avec Marie-Anne Beaudin
Propos recueillis par Lucie Lavoie

Pour Marie-Anne Beaudin, l'activité physique n'a rien de harassant, c'est tout au contraire, une vraie passion. Le cardio: spinning, cardio militaire et tout exercice qui demandent de l'effort et qui se pratiquent en salle et en groupe, obtiennent sa préférence. Comme la boxe l'attire, de manière tout aussi inexpliquée, les arts martiaux exercent un attrait sur Marie-Anne. Elle conserve cet intérêt en dormance. Un jour peut-être…

Ce jour arrive en décembre 2012, lorsque son frère François, instructeur de Taekwon-Do et conjoint de Joliette Trân, directrice du centre Trân Fusion, lui offrent une session de Taekwon-Do à Noël. Ils ajoutent dans le bas de Noël, quelques cours privés d'entraînement personnalisé avec Geneviève Desmarquis, également instructrice au centre. C'est le bon moment, car Marie-Anne cherche un nouvel équilibre de vie à la suite d'une séparation.

Les défis sont grands pour elle. L'apprentissage de cet art martial n'est pas aisé. Tant au niveau de l'équilibre, que de la coordination et de la mémorisation des mouvements. Elle n'est pas certaine d'aimer ça. D'autant plus qu'elle a l'habitude de performer dans les autres activités sportives qu'elle pratique depuis longtemps. «Ça m'a demandé une bonne dose d'humilité pour entreprendre cette discipline, car je n'avais aucune référence me permettant d'y être à l'aise. En plus, je ne connaissais personne, et j'étais la plus jeune du groupe. Mais j'ai écouté ma petite voix intérieure qui me soufflait de persévérer. Et je faisais confiance à mon frère François qui m'encourageait à être patiente, et à ne compétitionner qu'avec moi-même. Et puis ça m'a permis de connaître mon frère autrement.»

Elle ne lâche pas, poursuit à raison d'un cours par semaine aux sessions d'hiver et de printemps 2013. «Je décide de prendre une pause à l'été, et me réinscris à l'automne à raison de deux cours par semaine cette fois. Je passe mon premier grade en décembre de la même année (2013). Alors qu'au début, il m'apparaissait presque impossible d'arriver en une seule année à apprendre les premières formes, je réussis l'examen. Cette étape fait émerger quelque chose que je peux difficilement définir, sinon peut-être, la confirmation que j'ai le goût de poursuivre le Taekwon-Do.»

«Cette discipline, c'est mon yoga à moi. Dans sa dimension spirituelle. Elle m'aide à mieux me connaître, à me développer sur plusieurs plans. La fréquentation de mon frère, de ma belle-sœur, de ma nièce Jasmine (8 ans) qui, elle aussi fait du Taekwon-Do, jumelée aux valeurs mises de l'avant par cet art martial, me comblent. Le développement de ma propre conscience s'ajoute à l'aspect corporel et de mise en forme.» Marie-Anne trouve bizarre la récitation du credo et du serment de l'adepte au début du cours. «C'est surprenant, parce que ça nous est étranger, mais au fur et à mesure, on s'y adapte et on se rend compte que tout s'explique dans cette pratique, tout se tient, et c'est ce qui me plait. Par exemple, le salut au début de chaque cours, appelle la concentration, nous met en disposition pour bien effectuer les mouvements, pour nous centrer sur les détails de l'apprentissage qui va suivre. Le Taekwon-Do nous conscientise à l'importance de la courtoisie, une des valeurs de son credo. Le salut, comme dans la vie, sensibilise à l'autre.»

«La confiance en soi se développe au même rythme que le contrôle de soi. Cette autre valeur mise de l'avant par le Taekwon-Do. On ne peut qu'augmenter notre force par cette pratique qui nous forme à ne pas avoir peur, à s'imposer, à prendre notre place, à être fier de chaque mouvement amélioré. En même temps, le développement du respect de soi-même nous amène à nous montrer plus ouverts envers les autres. Ce qui rejoint exactement le message que je transmets aux jeunes dans mes fonctions de conseillère d'orientation dans un collège privé. Je les invite à prendre leur temps, et leur rappelle que leur projet de vie doit garder toutes les portes ouvertes. Il leur est toujours possible de refaire des choix, à n'importe quelle étape de leur vie. Dans le milieu de l'éducation, les valeurs de compétition sont bien présentes. Pour ma part, je suis plus portée sur le laisser vivre, sans porter de jugement. Les relations interpersonnelles dans le monde du travail ne sont pas faciles. La pratique du Taekwon-Do aide à se recentrer et à se renforcer dans nos propres valeurs.»

Désirer un monde meilleur toute génération confondue

Pour Marie-Anne, commencer à apprivoiser cette discipline à 30 ans, ce n'est pas comme lorsqu'on en a débuté la pratique dès l'enfance. «On a peut-être plus tendance à rechercher le sens. Je note un changement dans ma manière de me comporter. Ça me fait réfléchir sur les valeurs préconisées par le Taekwon-Do dans le monde dans lequel on vit. Je constate que je ne suis plus seule à désirer un monde meilleur. Nous formons une collectivité qui cherche à créer plus de paix et d'harmonie. Je me sens moins seule.» De ce sentiment de collégialité nait une motivation à poser des actions concrètes pour y contribuer. «J'observe Joliette et François poser des gestes concrets cohérents avec la philosophie du Taekwon-Do. Ils témoignent des valeurs de cette discipline, de courage, de persévérance et d'intégrité. Joliette, en créant ce centre, a pris des risques personnels. Ils ont créé Trân Fusion qui rassemble des enfants, des adolescents, des adultes de 50 ans et plus autour d'une même pratique. Trân Fusion constitue une belle démonstration que la cohabitation entre les générations non seulement est possible, mais qu'elle enrichit chaque individu.»

«Nous sommes privilégiés d'être encadrés par des personnes compétentes. On est accueillis tels que nous sommes, on se sent important, au centre de leur développement. Leur attitude encourage notre persévérance. Quand je me rends au centre de Trân Fusion, j'ai hâte de rencontrer les gens.»

«Pour certains de mes amis le Taekwon-Do est perçu comme offrant des activités trop zen. Pour d'autres, cela suscite de la curiosité. C'est nouveau et rare que des personnes commencent à pratiquer cet art martial à l'âge adulte. Certains me taquinent: je ne me battrais pas contre toi! Je témoigne du plaisir et de tout ce que m'apporte cette discipline. Au début, je résistais devant mes limites, alors que maintenant, je respecte davantage mon rythme. L'autodéfense, les coups de pieds, les formes, tout est complémentaire. Je n'ai pas de préférence. Certains aspects exigent plus de travail, c'est tout. J'ai passé mon deuxième grade, ma ceinture jaune en août 2014.»

«Trân Fusion me procure un équilibre de vie, je m'en rends bien compte. D'autres aussi puisque je crois bien que mon beau-frère et une amie vont s'y mettre. Je leur souhaite», dit-elle en souriant.