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TÉMOIGNAGE

PEUT-ON DEMEURER UN LIBRE PENSEUR ET PRATIQUER LE TAEKWON-DO?

Entrevue avec Luc Samson
Propos recueillis par Lucie Lavoie

Luc Samson parcourt plus de 2000 kilomètres de vélo par année. À cela s'ajoutent d'autres kilomètres de ski de fond l'hiver. Des problèmes d'articulations l'obligent à beaucoup d'exercice. Ce grand monsieur, biologiste, et haut fonctionnaire québécois dans le domaine de la faune, maintenant retraité, ne s'était jamais vraiment intéressé aux arts martiaux. Il n'a alors aucune idée de ce qu'est le Taekwon-Do lorsque, assis en rond avec d'autres sur le plancher sale de terrazzo de l'Université Laval, Joliette Trân leur présente les principes de cet art martial. «Madame Trân nous avait tout de même permis de nous asseoir sur des chaises…» dit-il l'air badin. La rencontre avec Joliette Trân le marque. Il s'inscrit à un premier cours de mise en forme par le Taekwon-Do à l'Université du 3e âge puis au centre Trân Fusion et prend goût à cette pratique. Après trois ans, où il a appris les trois premières formes, et après une certaine résistance, il passe aux cours strictement dédiés au Taekwon-Do.

Luc réussit trois niveaux lors d'une seule et même cérémonie de passation de grades. Ce qui est exceptionnel avec tout le travail que cela exige. Mais il le fait. Lors de sa préparation théorique à ses examens, il réalise que les textes sur la philosophie du Taekwon-Do ne sont pas suffisamment approfondis. Il reste sur son appétit. Et puis il y a cette question qui le préoccupe depuis le début: peut-on demeurer un libre penseur et pratiquer le Taekwon-Do? La crainte que ce soit une secte l'habite au départ, mais il la surmonte. Cette réserve vis-à-vis cette philosophie, il la transforme en recherche sur la dimension plus intellectuelle de cet art martial.

Prêter serment, c'est sérieux!

La «déclamation» du serment du Taekwon-Do au début de chaque cours, l'énerve. «Pour moi, prêter serment, c'est sérieux. Au point où je ne prononce pas les deux dernières parties du serment que sont: je serai champion de la liberté et de la justice et, je construirai un monde plus pacifique. Je lis et fouille sur Internet notamment auprès de l'ITF (International Taekwon-Do Federation), ce qui, loin de me satisfaire, m'incite plutôt à commettre un premier texte que je propose à Joliette Trân. Peut-être que mes fonctions antérieures de conseiller de sous-ministre m'influencent dans ma manière de présenter le Taekwon-Do, car je l'aborde comme un système. Et on le sait, un système ne fonctionne que si les gens s'impliquent… Surtout si on envisage de changer le monde et de le rendre plus pacifique… Une troisième version du texte vient d'être soumise à la discussion auprès d'une dizaine de personnes choisies par Joliette Trân. Deux ou trois autres rencontres auront lieu pour poursuivre la réflexion.

Un premier constat fait ressortir que contrairement aux obligations et aux règles que propose le Taekwon-Do, qui mènent les adeptes à s'interroger sur ce qu'ils désirent faire de leur vie, la mission du Taekwon-Do, par contre, mérite encore d'être clarifiée.
«La pratique du Taekwon-Do, comme la lecture des textes théoriques amène les adeptes à souhaiter développer une meilleure attitude, éventuellement, à se transformer personnellement. Le passage de grade pourrait servir d'occasion pour évaluer cette démarche intime afin de donner plus de sens à l'aspect philosophique du Taekwon-Do. Nous réfléchissons à la possibilité de fournir à chaque adhérant un outil concret qui lui permettrait, lors de son passage de grade, de faire sa propre évaluation.»

Le Taekwon-Do accessible même aux 50 ans et plus, malgré les apparences

«Lors des derniers Jeux olympiques, les portes-drapeaux étaient souvent des Taekwon-doistes. Malheureusement, l'image de cette discipline qui a été mise de l'avant par la présentation des combats a été celle de la violence. Ce qui est loin d'être invitant, surtout auprès des gens de 50 ans et plus. La peur de se blesser devient légitime quand on promeut une telle image, ou lorsqu'on met l'accent sur les cassages. Alors que dans les faits, c'est plutôt l'ambition, et personne n'est à l'abri de cette tendance bien humaine, qui peut nous amener à la blessure.»

«Ce sont de possibles perceptions. Tout comme, dans la réalité complète de cet art martial, ces dimensions violentes sont très peu présentes par rapport au reste. En fait, le plus important dans cette pratique, ce sont les formes. Ces chorégraphies qui t'entraînent à apprécier tes distances. À être au bon endroit. Avec tout le sens qu'on peut y découvrir au fur et à mesure des apprentissages. L'autodéfense n'incite pas plus à la violence, tout au contraire. Elle offre des techniques pour te sortir du pétrin. Il faut aussi comprendre que le Général Choi (fondateur coréen du Taekwon-Do), bien qu'il fut un homme très conservateur qui croyait que les gens trop instruits manquaient de discipline, possédait le génie de la physique. Chaque mouvement a été conçu avec une telle rigueur. C'est ce qui fait que la pratique de cet art martial provoque de tels résultats de transformation chez ses adeptes. Après deux ans et demi, j'ai amélioré mon équilibre et ma coordination, je le constate. Et ma curiosité pour la philosophie me fait faire d'intéressantes découvertes intellectuelles. J'apprécie toutes ces nouvelles connaissances. Mais je ne suis pas accroc.»

«C'est un beau cadeau de la vie. Et puis nous sommes si bien encadrés, entre les mains de professionnelles. Geneviève Desmarquis, diplômée en intervention sportive, et Joliette Trân, ergothérapeute. Deux Taekwon-doistes de haut niveau. Il nous revient à chacun d'interpréter et de respecter nos limites.»